J’écris des romans où les femmes ont été abîmées. Par une relation toxique, une emprise, une vie qui s’est fracturée. Et pourtant, dans presque tous mes livres, il y a de l’amour. Une rencontre. Une attirance. Quelque chose qui commence.
Certaines lectrices me demandent parfois si c’est cohérent. Si on peut vraiment croire à l’amour après avoir écrit des femmes qui en ont souffert.
Oui. Et c’est précisément parce que j’ai écrit la douleur que je peux écrire le désir.
Ce n’est pas de la naïveté
Croire aux histoires d’amour après la casse, ce n’est pas faire semblant que la casse n’a pas eu lieu. Ce n’est pas effacer, minimiser, passer à autre chose trop vite.
C’est une décision. Consciente. Difficile. Celle de ne pas laisser ce qui s’est mal passé décider de tout ce qui va suivre.
Mes héroïnes font ce choix — pas facilement, pas sans peur. Elles aiment à nouveau avec leurs cicatrices visibles, avec leurs mécanismes de défense encore à moitié en place, avec cette voix intérieure qui dit et si ça recommence. Elles aiment quand même. C’est ça qui me touche.
L’amour qui répare sans sauver
Ce que j’essaie d’écrire, c’est un amour qui accompagne plutôt qu’il ne sauve. Qui ne prétend pas effacer le passé mais qui crée de l’espace pour que quelque chose de nouveau soit possible.
Il n’y a pas de prince. Pas de sauveteur. Il y a un homme — ou une femme — qui regarde l’héroïne telle qu’elle est, avec tout ce qu’elle porte, et qui choisit de rester là. Et l’héroïne qui, pour la première fois depuis longtemps, accepte d’être regardée.
C’est ça, pour moi, une histoire d’amour vraie. Pas le coup de foudre qui résout tout. Le choix qui se refait chaque jour.
Pourquoi j’y crois
Parce que j’ai vu des femmes traverser des choses terribles et aimer à nouveau. Pas comme avant. Autrement. Avec plus de lucidité, plus d’exigence, moins d’illusions — mais plus de profondeur aussi.
L’amour après la casse ne ressemble pas à l’amour d’avant. Il est plus silencieux, souvent. Plus attentif. Il sait ce qu’il a failli ne pas exister. Et peut-être que c’est pour ça qu’il compte davantage.